Le Bœuf volé de Lantsky

un film d’Elene Naveriani et Thomas Reichlin (Suisse, Géorgie, 2018)

Le petit jour dans un village de Géorgie. Un long travelling en filme les rues, les murs. Les pierres auraient-elles la mémoire plus longue que les hommes ? En off, une voix féminine raconte l’histoire de Lantsky, un fait divers survenu en 1945 : sa disparition mystérieuse, le vol d’un bœuf propitiatoire suivi du meurtre d’un informateur soviétique. Le coupable a été arrêté, mais personne n’a revu Lantsky. Depuis, des voix plaintives hantent la forêt…

La caméra enquête, elle s’installe solidement face aux témoins. Âgés, des couples le plus souvent, ils l’affrontent, le regard droit dans l’objectif. Des plans fixes, comme des tableaux de genre qu’étaye le décor (meule, patates…), donnent à chaque parole un poids égal, ferme et définitif. Les langues se délient et s’emmêlent, se dérobent aussi. Les versions sont fragmentaires, contradictoires, les jugements sur les protagonistes tranchés et si le temps fragilise les souvenirs, il fortifie les certitudes. Et d’autres plans – larges pour laisser l’espace aux bribes du passé – sur les lieux du drame, mais ceux-ci restent muets si ce n’est les aboiements des chiens errants.

Entre fanfaronnade et gêne, une matière complexe se révèle et construit un début de légende. Il faudrait interroger la nuit : avec son bruissement animal, elle est sans doute la seule à savoir…


Un film documentaire d’Elene Naveriani et Thomas Reichlin (30 min)
Production : Britta Rindelaub, Thomas Reichlin, Alva Films, images & son : Elene Naveriani & Thomas Reichlin, musique : Sophie Pagliai
contact : Britta Brindelaub, Alva Films (britta@alvafilm.com)
©photogramme du film

Grand Prix Court métrage à ENTREVUES, festival international du cinéma, 33e édition (Belfort du 17 au 25 novembre 2018).

#envie d’en parler, d’écrire…