La noche polar

de Florencia Romano (Argentine, 2016)

Un ciel bouché par des nuages flavescents, une musique proche du grincement : la nuit polaire, polaire pour les âmes.
Avec des cartes de tarots, on tente de conjurer l’angoisse de cette éclipse qui s’éternise. Mais elles ne font qu’épaissir le mystère, prolonger l’irrationnel qui sourd de ce temps tiré hors du temps par une nuit qui n’en finit pas.
Trois actes pour dresser l’intensité éclatée de ce « Sans soleil » qui focalise l’huis clos étouffant de toutes ces vies.

Pour Julian, c’est la bibliothèque. À pousser son chariot entre les rayonnages, à enregistrer les retraits et les retours des rares lecteurs, à simuler avec une lampe le jour absent pour sa plante verte qui agonise. Chez lui, un cagibi miné par un perpétuel bruit de douche, il peine à trouver le sommeil et retourne vers la rumeur des rues qu’il hante et ausculte de son pénétrant regard. Une collusion du quotidien qui se dilate jusqu’à la dimension astronomique.
Soudain un corps vivant surgit avec la répétition d’un solo du lac des cygnes, mais le téléphone le rappelle à l’ordre austère de son travail.

Des livres d’astronomie lui tombent sous les doigts, sous les yeux comme par sortilège. Une invitation à percer le mystère de ce temps qui s’étire et absorbe les êtres comme des sables mouvants. Commence une quête obsessionnelle.
Il décortique la mécanique astrale, tente d’en percer l’issue dans les livres, les mythes, les peintures, sur Internet, sous les logiques griffonnées par le crayon de Clara, dans la scansion d’un poème qu’ils partagent, dans les évolutions lascives de sa mère lors de sa fête d’anniversaire. Celle-ci danse et glisse d’un homme à un autre comme une planète qui changerait d’orbite avec la musique qui projette les invités en apesanteur : un autre temps pour quelques heures.

Avec son télescope, Julian traque la vie dans les immeubles alentours et ne découvre que la galaxie des voisins dont les fenêtres scellent un interchangeable huis clos.
Les échanges eux-mêmes finissent enterrés dans les répondeurs et livrent des individus esseulés et sidérés à la contemplation de ce ciel opaque.
Regards partagés. Regards qui, par-delà ce ciel, questionnent l’avenir…


Un film de Florencia Romano (61 min)
avec Martín Shanly, Inés Urdinez, Sol Busnelli, Gael Policano Rossi, Gonzalo Pastrana
Production : Belén Bianco, Universidad del Cine Buenos Aires, scénario : Florencia Romano, image : Fidel González Armatta,
son : Nahuel López
contact : mmantin@ucine.edu.ar
©photogramme du film

Première française à Belfort à ENTREVUES, festival international du cinéma, 31e édition du 26 novembre au 4 décembre 2016.

#envie d’en parler, d’écrire…