Zona Franca

de Giorgi Lazarevski (France, 2016)

Une lumière crépusculaire. Une musique proche du grincement. D’immenses paysages rouille corrodés par les clôtures, les néons, des usines. Le film s’ouvre comme si cette terre du bout du monde se fracturait, concentrait à la dimension cosmique toutes les tensions de notre petite planète. Comme si l’abîme que les premiers géographes dessinaient là – cette finis terrae – commençait à s’ouvrir vers l’ultime effondrement.

Sous le regard de Giorgi Lazarevski, les paysages anthracite, bleuté, ocre vibrent, fument, soufflent, suintent !

Les habitants, eux, s’épuisent dans ces espaces gigantesques. Un quotidien de fatigue, de pannes car les machines aussi sont à la peine.

C’est la Patagonie chilienne avec son histoire douloureuse : le génocide des peuples autochtones par les colons, ce destin de prison à ciel ouvert jusque sous Pinochet, ce confinement qui favorisait l’exploitation de la main-d’œuvre.
La souffrance, la mémoire ouvrière se muent en décor tel cet abattoir transformé en hôtel de luxe, ou en anecdotes avec la demeure musée des Menendez et ces photos souvenir où patrons et ouvriers s’exposent à égalité, mais pas dans les mêmes clichés…

Des croisières entraînent les touristes dans une valse lente vers le chaos minéral du parc national Torres del Paine où les séracs plongent dans les eaux. La brutalité des éléments devient beauté sous la caresse du soleil austral. Les téléphones, les appareils photos crépitent. Moments symphoniques qui méritent qu’on garde ses gants pour profiter de l’apéritif sur le pont.

Une augmentation du prix du gaz – vital dans cette région à portée d’Antarctique – provoque des manifestations. Des barrages bloquent voitures et autocars, entravent le flux des visiteurs. Des touristes vont à la rencontre des grévistes pour s’informer, négocier… convaincus d’avoir les bonnes réponses, d’apporter la richesse aussi. Ils ne réalisent même pas qu’ils portent le discours des dominants, celui de la mondialisation.

Giorgi Lazarevski ne montre guère la zona franca, gigantesque zone commerciale de Punta Arenas. Il tourne autour, se contente de suivre la mutique Patricia, une des vigiles qui gardent ce hors-sol cadenassé sur lui-même et voulu par les multinationales pour capter les dollars des vacanciers.


Un film de Giorgi Lazarevski (100 min)
Production : Les Films du Poisson, Ciaofilm, images : Giorgi Lazarevski, musique : Stéphane Scott
©photogramme du film

Sortie nationale le 15 février 2017.

#envie d’en parler, d’écrire…