Fantaisie orthogonale

PIERRE MUCKENSTURM
plus ou moins
deux virgule deux degrés
de fantaisie orthogonale

L’artiste alsacien Pierre Muckensturm a été invité par l’Espace d’Art Contemporain André Malraux à Colmar pour une exposition monographique et a conçu pour l’occasion un portfolio de douze estampes.
Du 19 mai au 26 septembre 2021, du mardi au dimanche de 14 h à 18 h sauf le jeudi de 12 h à 17 h (entrée gratuite)

Une vidéo de l’accrochage est visible ci-dessous et celle de l’impression des typographies sur une presse Heidelberg un peu plus bas suivie du texte écrit en écho des estampes du coffret.
La notice de salle est lisible en fin de page avec l’itinéraire de l’artiste.

L’avant-papier est paru dans l’Hebdoscope, n° 1071, novembre-décembre 2020.
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En raison du confinement, l’ouverture, programmée le 7 novembre 2020, a d’abord été repoussée au 15 décembre, puis au mois de mars 2021. Finalement c’est la date du 19 mai qui bruissait dans les arcanes décisionnelles qui sera la bonne :-)
La culture, cette étincelle possible de civilisation (de Vie tout court ?), s’est installé durablement dans un flottement spectral… comme l’ensemble de notre société (au sens de faire société – le vrai lieu de la solidarité –, l’exact inverse du « faire nation » qui n’est qu’une injonction pyramidale).

Accrochage de la fantaisie

Flottement spectral

Le monde a perdu ses chemins.
Günther Anders (L’obsolescence de l’homme, 1956)

Le vernissage était prévu le vendredi 6 novembre à partir de 18 h 30.
Les invitations étaient imprimées.
Elles sont restées à quai sur le présentoir de l’accueil.

Pierre préparait cette monographie thématique depuis un an. Les œuvres étaient prêtes et leur transfert programmé.
Le jeudi 29 octobre, lui, Fabrice, Tim les ont déménagées des hauteurs vosgiennes vers le white cube de l’Espace d’Art Contemporain André Malraux à Colmar.
Le soir même à minuit, le confinement a abattu sa chape de plomb sur le pays pour la deuxième fois.
Avec brutalité : à peine vingt-quatre heures après l’annonce.
Avec indécence : le détail des mesures n’est livré qu’une poignée d’heures avant le lock-out comme si l’état d’exception était déjà une routine !
Avec désinvolture : dix jours auparavant, un ministre incitait encore à réserver pour les vacances de la Toussaint !
Avec condescendance : la maréchaussée serait tolérante envers les retours précipités…
Un « Absurdistan autoritaire » selon l’hebdomadaire allemand Die Zeit (12/11)… Un processus « monarchique » « désastreux » (Frankfurter Allgemeine Zeitung) qui « infantilise les Français » (Süddeutsche Zeitung).

Au quotidien le désarroi est palpable.
Chaque soir depuis le printemps, les morbides statistiques qui accaparent les corps morts avec une obscène indignité et le fourre-tout chaotique des déclarations prophétisent notre imminente contamination.
Lors du dernier jeudi de liberté, une effervescence en suspension hantait les rues avec un sentiment d’urgence désabusé : prendre les dernières dispositions avant de se barricader.

Dans ces conditions… accrocher quand même ?

La proximité de l’artiste permettait de transférer les œuvres sans contraintes, de les accrocher selon le planning prévu, possiblement d’organiser le workshop avec la classe préparatoire de l’école d’arts plastiques.
Et surtout de tenir l’exposition et le lieu prêts à ouvrir dès que le séquestre serait levé !

Un accrochage en apesanteur, en marge d’un monde qui tâtonne dans le doute

Partant de l’entasis, Pierre extrapole la rigueur d’une règle mathématique qui, sortie de son contexte (la correction de la perspective des temples grecs), échoue à ordonnancer. Une règle obtuse qui s’acharne à dresser le monde à sa main et n’y parvient jamais…
Une illusion ludique et généreuse chez Pierre.
Une troublante métaphore de cette époque malsaine.
Si toute réponse est illusion, imposée à tous, l’illusion devient totalitaire…

Mais une exposition est aussi une création.
Dans le white cube, le noir et blanc des travaux, l’alternance des lignes et des aplats se conjuguent avec le blanc des murs, le noir des structures, l’articulation de l’espace, et organisent une chorégraphie du regard entre les cimaises tout en légèreté du rez-de-chaussée avec celles plus denses de la mezzanine. Ce dialogue des œuvres entre elles renforce la logique sérielle du travail de l’artiste et élargit sa réflexion.
Sa proposition métamorphose le black and white des pièces et du lieu en espace total habité par la vibration sonore de la bande-son de [DE GUINGUOIS]. Une vidéo diffusée par un vieux smartphone négligemment posé – comme oublié – sur un cube noir flottant sur le céladon du sol.
Ainsi le white cube devient un espace de méditation d’une aérienne noblesse.

Un lieu désormais désert livré à une irréelle éternité.

Le dernier jour, quelques regards amicaux et avertis se sont invités, ont partagé leurs impressions, leur émotion.
S’esquissaient des suggestions de visites confinées – à cinq, car avec Pierre cela ferait six. D’ailleurs pourquoi six ? Et pas cinq ou sept ? Qui sont des nombres premiers : le jeu mathématique serait légitime, surtout ici.
L’absence de fantaisie n’est-elle pas le piédestal de l’échec ?
S’élaboraient des scénarios prospectifs aussi. Des survivants, des archéologues viendraient dans trois mois, trois ans, trois siècles… Comme dans un tombeau égyptien dont le temps serait la momie.
Ce temps hors du temps, en attente du temps d’après…
D’après quand ? D’après quoi ?

« Notre normalité est une histoire de fantômes… »

De la légèreté de Satie évoquée avec Pierre, nous glissons vers ces mots de Günther Anders et ses sombres prophéties : cette obsolescence de l’Homme, cet Homme de demain à la remorque des machines. L’Homme d’après ?
Car instinctivement surgit la question : mettre l’exposition en ligne ?
Avec l’irruption des barrières, ce sésame de socialisation s’impose comme une évidence, car ceux qui le questionnent sont rares. Ainsi nos traînées photoniques circulent, transitent sur les serveurs (sont potentiellement archivables, peuvent devenir pièces à charge demain : Orwell surgit en reflet dans ce miroir digital). Et nos yeux, nos consciences sont définitivement voués à ces écrans poly fenestrés. Celle du travail en cours s’entoure d’autres fenêtres où s’agitent le boss, le collègue, la maman, la copine, etc. sans oublier le ministre avec son gesticulant interprète, ni celles des médias avec leurs tonitruants jingles qui installent impitoyablement La maladie de la mort* en axe cardinal de notre destin : le kaléidoscope de nos vies schizophrènes distribué par la fibre et régenté par les Gafam.

Avec le confinement, notre temps est pétrifié dans une gelée inerte où les heures n’ont plus trop de sens.
Avec le télé-quelque-chose, devrions-nous aussi anéantir l’espace, nous éparpiller définitivement ?

Les flocons de ce temps confiné ont déposé leur voile sédimentaire sur la Fantaisie.
Jusqu’à quand ?

Le calendrier de déconfinement a autorisé l’ouverture de l’exposition le 19 mai, elle restera visible jusqu’au 26 septembre 2021.

*titre d’un texte de Marguerite Duras

Impression du portfolio

à Gérardmer, chez « En l’Encre Nous Croyons »
sur un vélin BFK Rives
par une Original Heidelberg, une presse typographique à platine de 1965 qui permet de laisser un léger foulage : l’empreinte laissée par la pression de la matrice (un « tampon » en polymère) sur le papier. Une machine impressionnante avec d’un côté la masse des rouleaux d’encrage, les pistons de la mécanique et de l’autre la légèreté de l’hélice qui virevolte pour présenter les carrés de papier.

Le portfolio créé à l’occasion de l’exposition comprend douze estampes (25 x 25 cm). La proposition a été élaborée avec l’imprimeur Christin Georgel. Formé à l’École supérieure d’art d’Épinal (ÉSAÉ), celui-ci a dirigé pendant plus de trois ans l’atelier de production de l’Imagerie d’Épinal et enseigne désormais à la Hear à Strasbourg.

Texte accompagnant le portfolio

Fantaisie orthogonale pourrait être un titre d’Erik Satie. Et il y a dans le travail de Pierre Muckensturm, le même humour pince-sans-rire que chez le compositeur de la Sonatine bureaucratique (1917) et de La Belle Excentrique (1920), le même goût de la parodie sous ses figures d’apparence ascétique.
Chez Satie, il y a la netteté du piano, chez Muckensturm, celle de la ligne noire.

Si l’approche semble économe, mettre en scène cet imperceptible glissement de l’Entasis bouscule l’orthonorme instinctive de nos espaces et au fond provoque et chamboule cette rationalité qui encadre autoritairement nos vies.

Cette économie est une exigence ludique et, si on prend le temps de s’y attarder, joyeuse !

L’Entasis, c’est appliquer une imperceptible courbure de 2,2° qui permet à ce qui n’est pas droit de paraître droit. Pour corriger la légère déformation créée par la perspective, les architectes de l’Antiquité grecque bombaient finement les colonnes de leurs temples pour que l’œil rationnel dresse le cerveau irrationnel à voir une perfection rectiligne absente. Ou au-delà de la perfection…

C’est ce jeu de la règle déréglée qui intéresse et que décline Pierre Muckensturm. Une recherche ludique, une compulsion maîtrisée se déployant en pratique sérielle. Elle génère ces chorégraphies d’équerres tournées, retournées, alignées, désalignées jouant de l’opposition contrastée du noir et du blanc… Les fruits incertains et fragiles de la rigueur mathématique détournée. Des carrés qui s’excusent de ne pas l’être…

Son geste plastique colonise le support, scande la fiction d’une articulation rigoureuse générant de l’instable, du traviole, du doute et finalement une débauche là où aurait dû s’afficher un garde-à-vous.

Une musique pour l’œil (et l’esprit). Une tension de sarabande comme celle d’une partita de Bach avec la même volonté d’épuiser un motif pour accéder à son épure.

Luc Maechel, automne 2020

Notice de salle

Fantaisie orthogonale tourne et détourne la règle – l’Entasis – avec ses chorégraphies d’équerres précaires sur les toiles, mais aussi par le jeu en tension des accrochages : en monômes, en binômes, par trois ou quatre, en damiers, en apposition, en opposition, en oscillation…

Rez-de chaussée

1. 201 C 0011 A+B+C
[3 angles avec entas formant ligne brisée]

carborundum et pointe sèche sur cuivre imprimée sur Papier BFK Rives, 2020

Trois pièces comme les lettres d’un abécédaire.
Une presque verticale avec
entas
affrontée à son orthogonale droite,
horizontale ou inclinée, vers la droite, la gauche.
Le jeu détermine l’espace du blanc.
La netteté des lignes articule
le dialogue des surfaces.

2. 196 R 18061 A-I
[9 angles avec entas]

polyptyque au carborundum et pointe sèche sur cuivre imprimé sur Papier BFK Rives, 2019

3. 204 P 1652 A+B
[2 angles avec entas distants apposés]

peinture acrylique sur toile, 2020

Deux lettres de cet alphabet.
En apposition.
Imparfaites équerres,
elles cherchent l’alignement,
se trouvent, en phase désaxée.
L’ampleur des pièces accentue la tension.
Mouvante résolution.

4. 207 P
[2 angles avec entas distants alignés formants demi quasi carré]

peinture acrylique sur toile, 2020

Deux lettres de cet alphabet.
En confrontation.
Équerres approximatives,
elles dressent des frontières.
Le diptyque ouvre l’espace du blanc.
La taille des pièces en amplifie l’écoulement.
Dispersion cadrée.

5. 201 V 3111
[de guingois 20]

Installation smartphone – enceinte bluetooth – vidéo 5mn12s, 2020

Sur fond noir, un presque carré, blanc,
Qui devient un autre presque carré…
Les côtés se superposent ou pas
au jeu de l’aléatoire entasis.

Des quadrilatères en respiration, en spasmes.
Des flashs relancent la danse géométrique.
Hypnotique, le noir cadré par l’instable carré,
plus sombre, plus proche, plus profond,
bouscule l’orthonorme bancale.

Le flux d’une vague enfle et se replie,
s’invite dans la bande-son.
Ample, celle-ci colonise le white cube,
contamine l’ébriété des équerres accrochées.
Sur l’écran, la ronde minuscule et impérieuse pulse.

Leurre optique, approximations :
Naufrage de l’autoritaire et vétuste fiction…
Oscillations. Disparition.

6. 201R 0021+2+3 ABC
[oscillation de 9 angles avec entas]

polyptyque au carborundum sur zinc imprimé sur Papier BFK Rives, 2020

Neuf pièces prolongent le triptyque,
portent à douze les variations de ce jeu,
fixent les traces d’un tournoiement anguleux,
projettent la trajectoire d’un rigoureux chaos…

7. 206 P 1651
[quasi carré]

peinture acrylique sur toile, 2020

Carré ?
Les quatre toiles !
Qui juxtaposées forment un grand carré.

Les lignes d’ajustement affirment quatre secteurs égaux.
Sur chacun, une droite et sa perpendiculaire avec
entas.

Sur chaque côté du grand carré,
une droite engrossée d’un
entas.
Les quatre carrés, les huit lignes
accouchent un pseudo-carré
noir et symétriquement gauchi.
Trouble, hypnotique et flottant.

Les médianes suggèrent l’amorce d’un tournoiement.
Vertige de la rigueur…

8. 201 IS 3110
[au cordeau]

croix tracée au cordeau, poudre de craie bleue, 2020

Point focal du white cube,
trace presque immatérielle,
une croix bleue tracée au cordeau.
Présence discrète et orthogonale :
l’infime absolu de la plupart des travaux de l’artiste.
Les dimensions sont celles du Modulor de Le Corbusier :
226 cm soit un homme le bras levé.

Coursive

9. 205 P 0511
[stipes et patibulum – crucifixion I / hommage à Matthias Grünewald]

peinture technique mixte et huile sur toile, 2020

Une verticale.
Elle partage la toile en deux parties inégales : la fente séparant les panneaux fermés de la crucifixion du Retable d’Issenheim des Unterlinden. Dans l’original, cette césure longe la
stipes crucis (poutre verticale de la croix), ainsi celle-ci et le corps du Christ sont intégralement sur le panneau de droite (seul son bras droit est coupé par l’ouverture), la composition et le nombre de personnages instaurant l’illusion de symétrie.

Une presque horizontale.
Le haut de la toile reprend exactement la longueur – 213 cm – et la courbure du
patibulum (la poutre horizontale de la croix où étaient cloués les bras).
La hauteur aux extrémités jusqu’au bas du panneau de la peinture de Grünewald est également de 213 cm.
Un presque carré. Avec l’
entas du patibulum.
Qui entoure l’espace clos du drame, du crucifiement.

Le recadrage, la réappropriation révèle l’asymétrie.
Un monde en bascule.

La réinterprétation suggère la rigueur du tracé préalable
ordonnancé par la croix chez Grünewald
qui n’en est plus une chez Muckensturm.

La matière noire concentre ce deuil massif.
La vibration de l’anthracite est tombeau.
Sa substance subtile préserve des traces de vie.
Un condensé de toutes les crucifixions superposées
avec les larmes des pleurants
qui, au fil des siècles, ont colonisé la toile entière.
Un océan de larmes !
De larmes noires.

10. 201 P 0211 A-L
[angles avec entas formant quasi rectangle]

peinture acrylique sur toile, 2020

Douze toiles, carrées.
Sur chacune une droite,
parallèle au cadre, ou pas,
et sa perpendiculaire avec
entas.

Les lignes s’aboutent,
accordent les toiles par deux ou trois,
ouvrent un jeu de surfaces
avec l’infra du mur d’accrochage.

S’esquisse un réseau :
alignements interrompus,
espaces reclus restant ouverts.

Circulation, articulation.
Comme un plan d’architecture
enfermant l’îlot blanc de la cloison.

11. 209 P 3112
[ordonnancement de 64 quasi carrés formés par 256 carrés avec entas]

peinture acrylique sur toile, 2020

12. 2010 P 3113
[compression de 81 carrés avec entas pour interstices et décalages]

peinture acrylique sur toile, 2020

13. 2012 P 3115
[4 carrés avec entas pour 2 interstices et un décalage]

peinture acrylique sur toile, 2020

14. 2011 P 3114
[oscillation de 81 carrés avec entas]

peinture acrylique sur toile et crayon, 2020

15. 201 SC 0151 A-Y
[organisation de carrés naturels]

sculptures grillagées / métal, peinture, clous, 2020

Le carré est sur deux registres.
La trame carrée du grillage,
la forme des pièces de la composition.

Sans ostentation, le volume s’invite.
Carrés chaotiques : triturés, tordus.
Irruption de l’organique, de l’aléatoire.
Le charbonné demeure.
La déformation bouscule l’épure.

La juxtaposition rétablit la rigueur.
Un damier de lacunes, ses jeux d’ombres,
en aérienne ronde-bosse.
Déstructuration raisonnée.

16. 2014 P 3117
[stipes et patibulum – crucifixion II / hommage à Matthias Grünewald]

peinture acrylique sur toile et crayon, 2020

17. 2016 P 3110
[oscillation de 84 carrés avec entas ordonnancés positionnés à 0°]

peinture acrylique sur toile et crayon, 2020

18. 204 P 0071 A-L
[horizontale basse – horizontale haute II]

peinture acrylique sur toile, composition 12 éléments, 2020

19. 195 S 1905 A-G
[2 rectangles avec entas sur ligne horizontale]

polyptyque au carborundum sur zinc imprimé sur Papier BFK Rives, 2019

20. 1910 P 07122 A + B
[prolongation d’entasis]

peinture acrylique sur toile, 2020

21. [PLUS OU MOINS DEUX VIRGULE DEUX DEGRÉS DE FANTAISIE ORTHOGONALE]
[oscillation de 81 carrés avec entas]

portfolio en coffret sérigraphié de 12 typographies imprimées sur Papier BFK Rives, 2020

22. 202 P 0051 A-H
[perdu d’avance]

peinture acrylique et carborundum sur panneaux bois, 2020

23. 196 J 17102 I + 196 J 17102 B + 196 J 17102 A
[imperceptible variation]

carborundum sur zinc imprimée sur Papier BFK Rives, 2019

24. 208 P 3111
[4 angles avec entas formant croix]

peinture acrylique sur toile, 2020

Dans l’entrée : 205 J 1801 + 205 J 1802
[entas vertical + entas horizontal]

diptyque au carborundum sur zinc imprimé sur Papier BFK Rives, 2020

Itinéraire de l’artiste

En parallèle à des études de géographie, Pierre Muckensturm découvre la peinture et commence à se former auprès de Jean Jérome qui enseigne l’art plastique à l’Université de Strasbourg. Une première période résolument figurative.

Un de ses collectionneurs et commanditaire, l’architecte Antoine Crupi l’initie au design, à l’architecture et, en 2004, lui fait découvrir Notre-Dame du Haut à Ronchamp. Le geste architectural de Le Corbusier est à la fois d’une grande audace et d’une relative simplicité. Des volumes francs dont l’insolente articulation préserve de subtils interstices qui tamisent la lumière, la subliment : dense et vaporeuse. Les masses se déploient en légèreté, les murs se gauchissent, se replient, s’enroulent en un délicat jeu de pleins et de vides… Une complexité qui naît d’une forme d’évidence et favorise l’irruption du sacré.
Cette tension rigoureuse où la rationalité sait transcender la raison jusqu’à l’immatériel sera une fulgurante révélation pour l’artiste qui abandonne la figuration. Et la légère courbure de la paroi orientale de la chapelle n’est pas sans rappeler celle des entas de l’exposition de 2020.

Dès lors il s’inscrit résolument dans l’art concret et revendique sa proximité avec François Morellet, Vera Molnár, mais aussi avec la radicalité et le minimalisme du nantais Martin Barré.
En 2010, une résidence au musée Boribana de Dakar le confrontera à l’Afrique et à sa temporalité d’une infinie souplesse qui influenceront aussi sa démarche.

À son retour en France, il entame un important travail de gravure. La logique de matrice, de répétition permettant le dialogue d’un élément avec lui-même, l’incite à explorer des propositions sérielles et à consolider sa pratique de l’art construit.

Ainsi, au fil des années, il multiplie les variations autour de thématiques comme ses Croix, ses Lignes Contenues, ses Carrés tronqués, etc. jusqu’à celles inspirées par l’Entasis qui ravivent comme sources d’inspiration l’architecture et ses conventions.