εphεmεride 2026

un regard et des choix – forcément subjectifs – sur l’offre culturelle 2026…
#LIVRES : L’imaginaire artistique d’un Musée Zoologique (P. Ardenne, D. Payot, G. Rœsz, L. Maechel), La mémoire des murs (F. Saur/L. Maechel)
#CINÉMA : Goliath, Germaine et moi (G. Morinière)
#EXPOSITIONS (en gras celles toujours en place) :
| Fondation Beyeler (Riehen/Bâle) : Cezanne, Yayoi Kusama
| Kunstmuseum Basel : Geister Ghosts Sur les traces du surnaturel / Cassidy Toner. Besides the Point
| Musées de Strasbourg : L’état sauvage. L’animal dans les collections du MAMCS et du Musée Zoologique (MAMCS), réouverture du Musée Zoologique de Strasbourg, Le temps retourné. Au fil des âges de la vie (MAMCS), Un passé incontournable (Galerie Heitz, palais Rohan, Strasbourg), Lumières sur le vivant. Regarder l’art et la nature avec Vincent Munier (Musée des Beaux-Arts, palais Rohan, Strasbourg), Robert Weaver / Tomi Ungerer. L’illustration en action (Musée Tomi Ungerer, Strasbourg)
| Alain Clément, Paintings and monotypes (Galerie Catherine Putman, Paris), Michel Cornu, Dessins & gravures (galerie Radial, Strasbourg), Sauveur Pascual, une crucifxion (cathédrale de Strasbourg ), Sortie de réserves #1 (musée Unterlinden, Colmar), ZOOM. Visages et œuvres de la Collection Würth (Musée Würth, Erstein) 
#SPECTACLES VIVANTS :
Le Sanctuaire (L. Roux/É. Wiest), L’Hôtel du Libre-Échange (S. Nordey), To like or not (É.A. Maillet), All Over Nymphéas (E. Eggermont), Croire aux fauves (N. Martin/L. Werkmann), En regard (L. Lerus & S. Eyal/Ballet de l’OnR), Féminin pluriel (Opéra Studio), Je suis la bête (E. Schwartz & A. Sibran/Bussang 2025), Makbeth (Shakespeare/Munstrum Théâtre), Jérémy Fisher (M. Rouabhi/T. Ress)
@Quinzaine de la danse (La Filature,Mulhouse • Espace 110, Illzach • La Coupole, Saint-Louis)
@SAISONS 2025-26 : Opéra national du Rhin • La Filature (Mulhouse) • Espace 110 (Illzach) • Comédie de Colmar

@avant-papier sur présentation de presse et documents remis
Sur la page d’accueil, des informations actualisées sur les évènements encore accessibles.

εphεmεrides 2025 • 2024 • 2023 • 2022 • 2021 • 2020 • 2019 • 2018 • avant


Sous les fleurs © Frederic Iovino

@Quinzaine de la danse
8e édition du 6 au 21 mars 2026

#DANSE
9 spectacles du 6 au 21/03/2026
Espace 110 (Illzach), La Filature & CNC–Ballet de l’Opéra du Rhin (Mulhouse), Théâtre La Coupole (Saint-Louis)  
À noter un PASS QUINZAINE : Le premier spectacle à plein tarif donne accès aux autres spectacles au tarif partenaires sur présentation du premier billet dans toutes les structures.

En creux l’ombre de Pina Bausch, plus précisément de son dramaturge Raymund Hoghe (une collaboration sur quinze ans), plane avec l’invitation lancée à Emmanuel Eggermont (légataire de son œuvre).
En ouverture, neuf danseurs du Ballet de l’OnR reprendront son All Over Nymphéas* (6 & 7.03 à 20h) recréé pour neuf danseurs en novembre à la Comédie de Colmar à la demande de Bruno Bouché pour entrer au répertoire de la compagnie.
Lors de la deuxième semaine, il dansera en personne About Love and Death (17 & 18.03 à 20h), un solo qui a bouleversé tous ceux qui l’ont vu.

* également programmé au Maillon à Strasbourg les 10, 11 & 12.05

Cette chorégraphie est une des briques du Focus Rituels qui souhaite illustrer la puissance des rituels permettant aux humains de se connecter à la nature avec entre autres l’Amérique latine en source d’inspiration.
Como una baguala oscura (10.03 à 19h, ESPACE 110) explore les racines de la musique populaire et folklorique (spectacle en espagnol surtitré en français).
Sous les fleurs (11.03 à 20h & 12 & 13.03 à 19h), dont les photos de plateau dévoilent la beauté plastique, est né de la rencontre du chorégraphe Thomas Lebrun avec les Muxes, communauté d’un troisième genre reconnu dans certaines localités indigènes au Mexique.
ODE (13.03 à 20h30) est une procession pop-païenne de la Québécoise Catherine Gaudet.
À la Galerie de La Filature du 11.03 au 3.05, l’exposition de Clara Chichin, Sabatina Leccia et Delphine Gatinois complète la réflexion sur le passage des saisons et l’irrémédiable métamorphose des paysages.

quatre saisons en mouvement (10.03 à 20h30) est la proposition « classique » de l’édition 2026 : Michiel Vandevelde avec Sophia Dinkel en danseuse pivot mettra en chorégraphie l’ensemble BRYGGEN — Bruges Strings de Jolente De Maeyer·(violon & direction) jouant Vivaldi (adaptation de Max Richter).

Dix ans après, l’ESPACE 110 accueille à nouveau la Québécoise Hélène Blackburn avec Mikro (14.03 à 15h & 19h, dès 6 ans) sur des musiques de Bartok.
Avant GUEST / FLUX + ACTE 2 (20.03 à 19h, ESPACE 110) où se rencontreront l’univers du clubbing de la Strasbourgeoise Noémie Cordier et le popping de la Montréalaise Elie-Anne Ross. Prolongeant le spectacle, ACTE 2 est une des propositions participatives de la programmation.

Tout comme la Soirée Sunset avec un Drag Show hosté par Ana Dolly et un DJ Set avec le collectif Zam Zam le 13.03 pour une soirée festive de 18h à minuit sur la mezzanine.
Des ateliers destinés à toutes les tranches d’âge (certains sont gratuits) sont proposés notamment le samedi 21.03 : house dance (10h30 à l’ESPACE 110) ou dans le cadre de « Samedi, ça vous dit ? » à La Filature tout au long de la journée : yoga, danse parents-enfants, hip-hop, tango, capoeira….

En clôture, un éloge de la lenteur et de la douceur dans ce monde de plus en plus tonitruant : Imminentes de Jann Gallois avec six danseurs au Théâtre La Coupole (21.03 à 20 heures, départ bus de La Filature à 18h30) en co-accueil.

N.B. : quand le lieu n’est pas mentionné dans l’article, le spectacle se déroule à La Filature.

L’offre complète est visible dans la plaquette de la Quinzaine et sur les sites Internet des structures.


Paul Cezanne / La Montagne Sainte-Victoire vue des Lauves (1904-05), huile sur toile, 63,8 x 81,6 cm
The Nelson-Atkins Museum of Art, Kansas City, Missouri

Cezanne

#EXPOSITION
Riehen (Bâle), Fondation Beyeler du 25 janvier au 25 mai 2026
commissariat Ulf Küster assistée de Louise Bannwarth
catalogue en anglais ou en allemand, 200 p., 62,50 CHF, 58 €
tous les jours de 10h à 18h, jusqu’à 20h le mercredi

nota : sauf mention, les intertitres sont des mots de Cezanne

la loi et l’ordre
très peu pour Cezanne

aux études de droit voulues par son père
il oppose quelques cours de dessin
avant de quitter Aix pour Paris (1861)
et échouer deux fois au concours d’entrée de l’École des beaux-arts

le génie se fait en vivant son propre code

il n’aura que deux maîtres
les anciens qu’il admire au Louvre
où il est inscrit comme copiste à partir de 1863
et Pissarro le seul qu’il revendique avec constance
un autodidacte ou presque, comme lui

ils aiment peindre sur le motif
à la campagne de préférence
peu enclins aux mondanités
ils sont attentifs aux petites gens
ceux qui travaillent la terre
en vivent
subissent sa loi bien souvent

Pissarro est généreux avec ses pairs
il soutient affectueusement son cadet de neuf ans
et les deux peintres cultivent un compagnonnage artistique
à Pontoise et dans l’atelier du Dr Gachet (1872–1881)

les impressionnistes trouvent désormais leur audience
le tuteur et son protégé imaginent déjà l’après

même si je suis déjà vieux, je ne suis qu’un débutant

un autoportrait accueille le visiteur
Portrait de l’artiste à la palette [1] (vers 1890)
son regard est dispersé
vers la toile devant lui
vers son reflet hors champs dans un miroir
vers l’observateur
surtout Cezanne se peint piégé
entre le fond travaillé
dense et infranchissable
et l’amorce du châssis fermant le front
à égalité avec le regard du public
qui le crucifie plein cadre

massif et fragile
au bout de la verticale du bras
il nous livre sa palette
des verts et une déclinaison de brun
quelques bleus et du blanc
un rouge et un jaune minuscules
et ses quelques pauvres pinceaux
il affiche sa charge de moduler le monde avec si peu de moyens
une tache de lumière frappe sa nuque et sa tempe droite
le cou le visage ternes semblent comme mangés de mousse

le combat de l’ombre et de la lumière

l’ombre est une couleur comme la lumière

les fleurs sont rares dans ses natures mortes
contrairement aux tissus
comme jetés
tombant d’un coin de table
bouffant en cataractes blanches
bruissant de la lumière changeante
des bleus des jaunes des roses matérialisent ce jeu de l’ombre et de la lumière

une cruche grise et discrète se dresse au fond
ou une bouteille un vase un compotier
une cuillère une fourchette l’indiquent
posent la profondeur
l’œil accède ainsi à la distance
suivant l’échelonnement des plans successifs
Rembrandt installait de la même manière l’espace de ses paysages
avec au besoin un élément d’articulation

les fruits sont sphériques
les couleurs flamboyantes
pommes pêches oranges
oignons quelquefois
souvent en équilibre improbable
des acrobates fragiles et dodus
la netteté artificielle de l’huile leur épargne la chute

à côté
liquide capricieuse
l’aquarelle impose sa vie
une ductilité naturelle défiant l’ordre
une sauvagerie instinctive
attisée par les griffures de la mine de plomb

le tonitruant dans l’alcôve

il n’y a pas de ligne
il n’y a pas de modelé
il n’y a que des contrastes

orgie de blanc aussi avec
Le garçon au gilet rouge [2]
et ses manches surdimensionnées
au détriment de la tête
qu’il coiffe du fantôme d’un nimbe

il creuse le même sillon
avec la robe rouge d’Hortense [3]
et la troublante inertie de ses traits
le visage de son épouse est astreint à l’immuable
alors que le tissu
frémissant indomptable
brasse le faseillement de la lumière
qui s’échappe au moindre mouvement

l’immensité, le torrent du monde dans un petit pouce de matière…
croyez-vous que ce soit impossible ?

des séries alors
en obsessionnelle tension
pour l’approfondissement de l’insaisissable
à défaut d’accomplissement

il peint son épouse 45 fois (29 huiles)
quatre fois le jeune Michelangelo di Rosa
sans compter les aquarelles (deux sont exposées)
cinq fois Les Joueurs de cartes (1890–96) [4]
et ces nombreuses Arcadies de baigneuses et de baigneurs
où le linge prolonge la cambrure des corps
phagocytés par les lianes des arbres et cravachés de biffures
et une cinquantaine d’autoportraits
comme Rembrandt
et surtout la montagne
quatre-vingt-sept Sainte-Victoire

le peintre doit se consacrer entièrement à l’étude de la nature

Cezanne retourne à Aix (1890)
il a cinquante et un ans et souffre de diabète
il retrouve ses sensations d’antan
soleil et mistral
lumière éblouissante
les tourmentes qui brassent la végétation
les orages souvent violents en automne

il s’y immerge et arpente le territoire
son territoire
les environs du Tholonet
la vallée de l’Arc
le Château Noir
la carrière de Bibémus
et la montagne Sainte-Victoire
il repère des affûts tel un chasseur
avec des haltes, des dépôts pour son matériel
en 1901 il construit l’atelier des Lauves
avec vue sur la montagne

la Sainte-Victoire
ce tellurique grandiose
une surrection massive
éruptive
et quelquefois le panache d’un nuage sème le doute

mais il faut la mériter
la montagne comme la peinture
si l’avant-plan est horizontal et bucolique
des champs des prés quelques arbres un chemin
il se heurte au colossal deuxième plan
dressé telle une muraille gigantesque
un environnement chahuté
et infranchissable
une minéralité impressionnante
assaillie par le végétal l’organique
une plongée dans l’espace en profondeur
et un voyage dans le temps
qui mythifie la montagne

La nature n’est pas en surface, elle est en profondeur.
Les couleurs sont l’expression de cette profondeur.
Elles montent des racines du monde.

et elles les montrent
un saisissant soulèvement du chaos
qui alimente sa rage de peindre
taches traits traces
et couleurs
le geste pictural tente d’accoucher la prémonition
d’en restituer l’irradiante totalité
peindre devient un rapport de force avec les éléments
la Sainte-Victoire est un ogre
une expérience immense dont personne n’arrive à bout

avec en même temps
la légèreté de la profondeur
car cet ordre monumental reste précaire
à la merci du tourbillon de l’impermanence

et Cezanne peint aussi ceux qui s’y frottent
modestement
y cultivent une cohérence minuscule
celle indispensable à leur survie quotidienne
ainsi son jardinier M. Vallier

la nature s’offre à moi si complexe
les progrès à faire sont incessants

Cezanne s’acharne jusqu’à l’effondrement [5]
un travail de titan
il traque l’ombre des chemins de traverses
les saignées dans les sous-bois
l’abstraction rouille de la carrière de Bibémus
le hautain et intriguant Château Noir
l’amorce ascensionnelle des escaliers
où se creuse la profondeur du pays
pour accéder au promontoire citadelle

des cailloux de petit Poucet
pour conjurer le torrentueux tumulte
et rendre hommage au sphinx titanesque
qu’est sa Sainte-Victoire

Même dans une toile apaisée en apparence
comme Le pigeonnier de Bellevue [6]
le chaume du blé coupé du premier plan semble de lave liquide
et les bâtiments émergent de ce bouillonnement
sous un ciel s’assombrissant jusqu’à la menace en bord de cadre

Cezanne ne mélange guère les couleurs
elles sont
comme la nature
il juxtapose les touches
laissant quelquefois vivre l’écru de la toile brute
jusqu’au cri
ou jusqu’au vide

L’homme dans mon œuvre n’est pas espèce, mais point cosmique.
Paul Klee (Théorie de l’art moderne, 1940)

Matisse – juste après – est dans le geste
Cezanne est dans la profondeur
son geste est l’outil de la profondeur
assourdissante

Paul Cezanne / La Montagne Sainte-Victoire vue des Lauves (vers 1904), huile sur toile, 54 x 65 cm
Collection privée, Derbyshire

_ En fin de parcours, la Fondation propose une vidéo (15 min) tournée dans les alentours d’Aix-en-Provence dont les dialogues s’inspirent de propos tenus par Cezanne (en anglais, sous-titré en allemand).
_ À côté un atelier invite les visiteurs de tous âges à s’initier à l’aquarelle (des animateurs sont présents).
_ Toutes les œuvres accrochées figurent bien sûr dans le catalogue, mais le texte en regard reste modeste. Pour une analyse approfondie de la carrière et de l’œuvre du peintre, on se tournera vers d’autres ouvrages.
_ À ce jour, le catalogue raisonné de Cezanne lui attribue 938 peintures et 2 094 aquarelles & dessins.

+ les couleurs des photos dont le lien est inclus dans le texte ne sont pas toujours conformes à l’original [et une photo permet rarement la commotion que peut susciter l’original !]


[1] huile sur toile, 92 x 73 cm, Collection Emil Bührle, prêt à long terme au Kunsthaus Zürich

[2] huile sur toile (1888–90), 79,5 x 64 cm, Collection Emil Bührle, prêt à long terme au Kunsthaus Zürich

[3] Madame Cezanne à la chaise jaune (1888–90), huile sur toile, 80,3 x 64,3 cm, Fondation Beyeler, Riehen/Basel

[4] les versions du Musée d’Orsay et de The Courtauld, London, sont confrontées

[5] le 15.10.1906, Cezanne est surpris par un violent orage et fait un malaise restant de longues heures sous la pluie, il est ramené à Aix et meurt huit jours plus tard d’une pneumonie sans cesser de peindre…

[6] huile sur toile (1888–92), 54,2 x 81,2 cm, Kunstmuseum Basel, don de Martha et Robert von Hirsch (1977)


Sauveur Pascual / Crucifixion (2024) à la cathédrale de Strasbourg

#EXPOSITION
Strasbourg, cathédrale du 16 février au 30 mars 2026
du lundi au samedi de 8h30–11h15 & 12h45–17h45, le dimanche de 14–17h15 • entrée gratuite

une crucifixion | Sauveur Pascual

l’azur dru aspiré vers l’infini n’a pas sa place ici
le bleu est assourdi par la tourmente
celle qui déchirera le ciel à la mort de Christ
l’espace est opaque, lourd, condamné à la nuit
un écran étouffant dont émerge l’échange suppliant
des mains nouées et du regard presque éteint par le trépas

cloué sur l’arbre de mort, le rose cru d’écorché
contamine même le visage, le perisonium,
scande un destin de boucherie retentissant de souffrance
la tête penchée du Fils regarde ces mains : celles du dernier croyant ?
des mains de compassion, des mains en supplication,
des mains de remerciement aussi, et désespérées

cet or pourtant,
en porte-ciel, mais soutenant le patibulum
ces éclats en artifices qui pourraient suggérer des étoiles
mais aussi la dispersion d’auréoles déchiquetées
les derniers feux d’une humanité indigne
car malgré tous les discours, les bons sentiments
et même les conventions et les chartes
l’Innocent serait à nouveau crucifié

en pire
les caméras seraient braquées en mondovision
les badauds shooteraient avec leurs smartphones
un farfadet médiatique tenterait un happening
le sacrifice ne serait plus dans les évangiles
mais ferait un carton sur les réseaux
un snuff movie de luxe

ces blessures dorées dans des cieux plombés
sont les confettis d’un carnaval mortuaire
des phylactères muets qui n’ont plus de mots pour dire
l’abjection qui a mis en pièces le royaume de Dieu
encore plus aujourd’hui qu’il y a deux mille ans :
Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font 😱

Sauveur Pascual / Crucifixion (2024, 430 x 285 cm, acrylique, encre, graphite, craie grasse & feuille d’or sur toile)

addenda : j’ai découvert cette Crucifixion par une photo que m’avait envoyée Sauveur durant l’été 2024. L’œuvre était suspendue dans une grange, à droite et à gauche il y avait encore les échelles qui lui avaient permis de l’accrocher à la charpente.
L’itinéraire de Christ se superposait à sa Crucifixion. Il y avait l’étable de la nativité avec la grange, les poutres de la Croix avec la charpente (où était cloué la toile !), la Déposition avec ses deux échelles. De la crèche au linceul, le récit évangélique dans une image.


Käthe Kollwitz / Ruf des Todes (lithographie 1934–35)

#EXPOSITIONS
Strasbourg, MAMCS & Musée des Beaux-Arts
10–13h & 14–18h, en continu le week-end, fermés le mardi

Le temps retourné.
Au fil des âges de la vie

_ du 23 janvier au 18 octobre 2026 | MAMCS
commissariat Estelle Pietrzyk, conservatrice en chef du MAMCS, Thierry Laps, assistant scientifique

Le titre est une allusion au Temps retrouvé, septième et dernier tome de la Recherche du temps perdu de Proust, un compte À Rebours de notre temps Humain trop humain.

Vaste ouverture avec l’évanescence et le mémento mori du plateau de la Table d’apparat peinte en 1528 (Musée de l’Œuvre Notre-Dame) qui illustre tous les âges de la vie à la mort. Il est entouré des Compositions sur le marbre de Françoise Saur : une fine et singulière réappropriation photographique du genre nature morte avec des fleurs glanées, vives encore, et dressées dans un vase offert ou prêté. Le temps des autres, celui marmoréen et éternel à l’échelle humaine et celui fugace et éclaboussant de la floraison. Six sont accrochés, mais la série se démultiplie (au Musée des Beaux-Arts de Mulhouse, au Jardin Botanique Jean-Marie Pelt à Villers-les-Nancy) et l’artiste prolonge la série avec de nouveaux opus partageant cette fascination pour la délicatesse et la débordante inventivité formelle de la nature. En écho des couronnes mortuaires, des urnes funéraires, une haute composition en pain noir d’Anatoly Osmolovsky (17 éléments, 2010) allusion à Rimbaud et sans doute à la Porte de l’enfer de Rodin…

Des spectres, une gravure de L’Île des morts de Böcklin (Max Klinger, 1890) et l’Appel de la mort de Käthe Kollwitz (Ruf des Todes, lithographie 1934–35) mènent à une antichambre avec des visages de défunts (Rudolf Schäfer, 1987). Lumière livide avant une salle projetant les apparitions immatérialisées par Robert Cahen dans Traverses (2002) qui ici se muent en résurrections, car le projet des commissaires remonte les âges de la vie : un itinéraire de rajeunissement.

La vieillesse, l’âge mûr réunissent sur une grande cimaise des portraits de la première moitié du XXe siècle (à l’occasion, plus loin, des jeunes par les mêmes artistes) avec, sur le flanc droit, des gravures dont une magnifique eau-forte de Rembrandt : Mère de l’artiste, vers 1631.

La danse (Daniel Schlier, Jean Claus… décortiquée par Eadweard Muybridge) illustre le corps rayonnant et la jeunesse, Topor et son Alice dominant l’espace consacré à l’enfance.

Sous le regard d’une immense maternité lithographiée (Jean-Luc Moulène/Image blanche, 1992), le nourrisson est aussi évoqué par ses artefacts quelquefois revisités (Berceau de Chen Zhen, layette, jouets…). Et le double bambin de Marlène Dumas (Archetype Baby versus Prototype Baby, 1989) est plus provocant cette fois que les dessins voisins de Tomi Ungerer.

Des suggestions sur l’origine de la vie clôturent la thématique : éclair saisi par Charles David Winter, matérialisé par Guillaume Paris (Numenous, 2002), cellules de Arp ou le Développement embryonnaire de l’amphioxus

D’autres pièces semblent exposées au 1er étage, mais aucune signalétique visible ne l’indique…
L’exposition dure jusqu’au 18 octobre.

L’état sauvage.
L’animal dans les collections du MAMCS et du Musée Zoologique

Combat des aigles (MZS)

_ du 13 février 2026 au 3 janvier 2027 | MAMCS
commissariat Samuel Cordier, directeur du Musée Zoologique, Coralie Pissis, attachée de conservation au MAMCS

Déjà porté par sa réouverture à l’automne 2025, le Musée Zoologique bénéficie avec L’état sauvage, de la nouvelle synergie du réseau des musées de Strasbourg. L’exposition est une confrontation voulue ludique de spécimens choisis dans son importante collection avec des œuvres du MAMCS.

Les commissaires souhaitaient valoriser le sauvage, mais passé la fascination pour les grands fauves et l’étrangeté anatomique notamment pour les invertébrés, le regard des artistes sur l’animal se fait empathique. Ils sont sensibles à sa misère (Gilles Aillaud/Intérieur, 1977), sa traque, au sort des dépouilles (Patrick Neu).
Aussi le parcours se prolonge par la captivité, la domestication voire la mutation, même si les appropriations des surréalistes (Max Ernst…) relèvent du jeu restituant la nostalgie de ces années-là ou de l’hypnotisante mécanique plastique des sujets (Richard Brunck).

Des portraits montrent la complicité homme animal nécessaire comme milieu rural (Ottomar Anschütz) voire fusionnelle (photos d’Alberto Garcia-Alix).

L’impressionnant combat des aigles clôture spectaculairement un parcours qui suggère l’affrontement entre le temps animal et le temps humain au détriment du vivant !
Le vivant que magnifient les clichés de Vincent Munier au Palais Rohan.

L’exposition dure jusqu’au 3 janvier 2027.

Lumières sur le vivant.
Regarder l’art et la nature avec Vincent Munier

à gauche : Jean-Baptiste Oudry (Perroquet) & Vincent Munier ( trois photos d’Ara, 2012)

_ du 7 novembre 2025 au 27 avril 2026 | Musée des Beaux-Arts
commissariat Céline Marcle et Dominique Jacquot, conservation du Musée des Beaux-Arts de Strasbourg
catalogue 70 illustrations, 108 p., 20 €

Accrochées en novembre au Musée des Beaux-Arts (1er étage du Palais Rohan), les photos de Vincent Munier dialoguent avec des toiles de la collection agrémentées de quelques spécimens du Musée Zoologique.

Le passage des œuvres anciennes (paysages de Le Lorrain, ménageries contemporaines des cabinets de curiosités, Études de Théodore Rousseau…) aux photographies – la plupart prises dans les Vosges – est d’une harmonie quasi irréelle avec à l’occasion un regard fauve qui saisit le visiteur.

Les animaux sont en apparition (ou en disparition) : minuscules silhouettes sur un vaste paysage ou presque imperceptibles tant la fourrure, le plumage se fondent à l’environnement.
Pour autant le talent du photographe sait rendre spectaculaires aussi bien la personnalité des animaux que leur discrétion. Un hymne à l’envoûtante inventivité du vivant.
Les bêtes sont les excroissances du miracle, les messagers de l’invisible.
Anne Sibran (Enfance d’un chaman, 2017)

Par leur beauté omniprésente presque miraculeuse, les images de Vincent Munier clament que la vie n’a d’avenir qu’en symbiose avec la Nature, en altérité.
Et avec une grande modestie !
La mesure, l’humilité des animaux semblent attester qu’eux sont conscients d’être face à plus grand qu’eux : la Terre Mère.
L’inverse de l’Humain (contemporain) et de son système.

En prolongement, son film Le chant des forêts – réalisé en parallèle – a été sacré Meilleur film documentaire lors de 51e cérémonie des César 2026 (26/02).
Une forme de sacre pour le vivant. (Reporterre)

L’exposition dure jusqu’au 27 avril.


Émilie Wiest dans Le Sanctuaire (répétition) © André Muller

#THÉÂTRE
représentation du vendredi 13 février à l’Espace110, Illzach
créé le 7 novembre 2025 au Diapason, Vendenheim

Le Sanctuaire
d’après le roman de Laurine Roux

gazouillis d’oiseaux
battements d’ailes aussi
dans le noir
imperceptible frémissement
du sauvage

du Sanctuaire

un univers apaisé
en apparence
car les oiseaux ne devraient pas

des oiseaux bannis
ou pourchassés et incinérés
impitoyablement
avec de vigilantes précautions

ce sont les ordres du père
depuis la pandémie
quand la faune ailée colportait le virus

l’ordre du père aussi
strict intangible patriarcal voire militariste
dressé vers la nécessité
avec toutes ces tâches quotidiennes
dressé vers la survie
avec ses frontières fermement érigées

barrières fictives cependant
si faciles à franchir pour la gent ailée !

une sauvagerie exigeante
mais édénique pour Gemma
les ombres et lumières
sourdes et palpitantes des bois
son paysage d’enfance
car elle n’a pas connu d’autre éblouissement

la sylve enveloppe son lieu
un praticable avec de petits arbres en pots
dont les ombres délicates dessinent la forêt alentour
et de discrètes silhouettes de gibier à cornes

entre treillis et hardes de Gavroche
avec quelques rares accessoires finement mis en densité
Émilie Wiest donne corps à l’adolescente
qui cultive le don de la survie
se joue de ce quotidien rugueux
à fabriquer des couteaux
à chasser à l’arc
à dépecer le gibier
son savoir-faire et son adresse font office de distraction

la précision du geste de la comédienne remplace la flèche manquante
la chorégraphie de sa main métamorphose la poudre
en eau en semence en flamme jaillissante
en sang aussi

l’isolement est plus douloureux pour sa sœur
L’instant ramasse la clé que la mémoire a laissée tomber. (Emily Dickinson)
par le virus elle a perdu ses amies
et se languit dans cette austérité

la mémoire de l’aînée
l’audace et la curiosité de la cadette
flirtent avec les limites du territoire

la première transgression c’est une caverne
allusion explicite au mythe de Platon
le créateur d’ombres devient créateur lumière
la labilité des pendrillons et des éclairages muent la forêt en roche suintante
avec cette chouette en avant-garde de l’ailleurs

le second accroc
c’est la poursuite de l’aigle
au-delà des limites

et en dépit de la plaie
la découverte de l’innocuité de l’oiseau
et aussi
soudain cet éveil à la sensualité
avec la douceur des plumes
et le sang
en écho au sang menstruel

et puis la palpable évidence de l’altérité
renvoyant en miroir leur réputation
celui de bourreaux des oiseaux

adapté du roman initiatique de Laurine Roux
ce délicat poème chorégraphique célèbre la nature souveraine
et ouvre discrètement l’étincelante arborescence du sens
celui de la vie
la vie qui désactive le mensonge
instrument et alibi nécessaires à l’exercice du pouvoir

avec Émilie Wiest
adaptation Émilie Wiest & Francis Fischer
mise en scène Manuel Bertrand
scénographie Antonin Bouvret
lumières (et ombres) Manuel Bertrand
création son Denis Léonhardt
bruitages Caroline Leforestier


L’Hôtel du Libre-Échange (Cyril Bothorel & Marie Cariès) © Jean-Louis Fernandez

#THÉÂTRE
représentation du mercredi 11 février à La Filature, Mulhouse
spectacle créé le 11 mars 2025 à la MC2: Maison de la Culture de Grenoble – Scène nationale

L’Hôtel du Libre-Échange
de Georges Feydeau

L’appropriation du texte par le metteur en scène est plutôt intellectuelle : les trois murs qui ferment la scène affichent en grand le texte de la didascalie initiale qui plante très minutieusement (1 p.) le décor de la pièce, une façon d’orienter vers le quatrième mur une complicité qui souligne régulièrement les moments drôles.
Le choix de distribuer en Pinglet (le personnage principal) Cyril Bothorel, un échalas omniprésent évoquant – silhouette, postures, costume – Valentin le désossé (peint par Toulouse-Lautrec) ou le mime Van Osen (par Schiele), renvoie l’action vers l’univers du music-hall. L’ouverture du deuxième acte où Raoul Fernandez en meneur de revue (accessoirement tenancier de l’hôtel) interprète Fly Me To The Moon le confirme. L’acteur, également costumier du spectacle, annonce aussi la couleur vestimentaire : tous les clients de l’hôtel sont affublés d’une courte robe de cabaret grège et bouffante (en poils, en plumes ?) transformant le plateau en basse-cour (où il n’y a pas vraiment de coq, ou alors châtré). Ces « poules » à visages humains caquettent, s’ébattent voire se niaquent, d’autant que le jeu évoque le cartoon, la caricature, la commedia dell’arte avec beaucoup de répliques criées notamment par Victoire (Anaïs Muller en bonne rétive et effrontée).
Il amplifie également le motif des « portes qui claquent » toujours brutalement, ainsi que l’exagération du bruit des verrous, des clefs, des sonnettes… comme un mantra visuel et sonore, jamais énoncé, mais qui rythment le spectacle avec ostentation.

L’interprétation est enlevée, tonique à souhait et tous endossent avec enthousiasme le projet festif de Nordey.

Mais Feydeau…
Les situations se répètent, les répliques insistent beaucoup et la mécanique comique d’un humour quand même potache devient poussive dès la première partie.
Il y a sa vanité des bons mots : à la lecture de la convocation au commissariat (IIIacte), le spectateur a l’impression que toute la pièce a été construite pour aboutir à cette chute-là qui embrouille et débrouille (mais finalement pas)…
Et le texte est daté. Le fonctionnement du couple au XIXe est bien éloigné de celui du XXIe plongeant le public dans une fiction hors-sol nourrie de figures poncives et archaïques qui s’affairent mécaniquement. Ce que renvoie cette gigantesque tête d’autruche, affichée plusieurs fois sur le fond, qui découvre totalement éberluée l’agitation sous perfusion de ces consœurs volatiles ?
Sinon rien de subversif et le triomphe du contretemps fait fonction de morale.

Emportés dans cette course, les personnages peinent à trouver une épaisseur humaine. De leur énergie, de ces plumes et paillettes émerge un très vieux monde (ne faisant guère rêver) qui produit un léger étourdissement, assez artificiel au demeurant.
Faut-il (peut-on) sauver le soldat Feydeau ? Pas sûr qu’il le mérite.

avec Hélène Alexandridis, Alexandra Blajovici, Cyril Bothorel, Marie Cariès, Claude Duparfait, Olivier Dupuy, Raoul Fernandez, Paul Fougère, Damien Gabriac, Anaïs Muller, Ysanis Padonou, Sarah Plume, Mathilde Waeber, Laurent Ziserman
scénographie Emmanuel Clolus
lumières Philippe Berthomé
costumes Raoul Fernandez
chorégraphie Loïc Touzé, Nina Vallon
composition musicale Olivier Mellano


To like or not © Pascale Cholette

#THÉÂTRE
représentation du mardi 3 février à La Filature, Mulhouse
en tournée jusqu’au 7 mai 2026

Ils sont cinq. Chacun a deux rôles et ils passent de l’un à l’autre avec une remarquable fluidité. Dix personnages dont la complicité s’établit spontanément avec le public majoritairement de leur âge et les applaudissements très enthousiastes à la fin en témoignent !

To like or not

Au début, il y a le moment Instagram.
Un QRC est projeté pour se connecter sur le compte de Victor (ça pourrait être un de ses camarades les autres soirs…).
La salle reste dans une lumière tamisée. Bruissement collectif et grésillement électronique, mi-voix multiples en écho à celle grêle, électronifiée de Victor en selfie vidéo : lunettes et nez collés à son phone.
Une symbiose humains machines s’esquisse…
Après ces cinq minutes, tout doit rentrer dans l’ordre, quand même : éteignez vos portables, pas de photos ni de vidéos – alors que les jeunes sur le plateau ne cesseront d’en faire pendant plus d’une heure 😆

À jardin un squat de désœuvrement avec un banc et un panier de basket.
À cour un praticable pour prendre de la hauteur – toit d’immeuble, balcon…
Les jeunes peuvent s’interpeller, s’invectiver de l’un à l’autre en réel, mais le plus souvent c’est par posts interposés : des fils de discussions dont les bulles scrollent à vue sur le fond et à face où la transparence permet de voir les comédiens et le décor.
Visuellement ces interfaces inscrivent les personnages dans un espace cybernétique (l’immersion est surtout là : celle des comédiens).

Et il y a beaucoup de mots !
Une submersion par les mots.
Les vidéos sont surtout des preuves à l’appui des mots, et régulièrement des accusations (c’est la même logique que dans les médias : les images légitiment les discours).
Ces jeunes se cherchent et cherchent leur place. Celle que la société leur pro[im]pose : l’ego, mais l’ego comme un produit (avec retour sur investissement forcément). Sauf que l’ego ne peut exister, fonctionner qu’en altérité (pas d’ego sans spectateur). Des alter ego donc, très vite en concurrence, en affrontement voire en violence… Et d’abord par les mots (ou post). Des mots qui sortent et qui font mal : pédé, pute, grosse vache, poux, etc.
Certes quelquefois des formules justes et saignantes sifflent dénotant un certain recul avec des : charognards ou mensonges – deux mots récurrents dans leurs échanges. Et s’il y a bienveillance, elle naît de l’intériorité, de l’individu et généralement en présentiel…

Le spectacle est écrit, fonctionne de façon traditionnelle si ce n’est que l’omniprésence des vidéos, des posts s’additionne aux répliques dites.
La dynamique narrative évoque La ronde de Schnitzler ou le Marivaudage avec une accélération du temps produite par la technologie : captation (espionnage…) et circulation des informations, celles qu’on pouvait cacher avant l’ère numérique. Au lieu de l’incertitude des insinuations, il y a désormais la preuve par l’image et l’exhibition universelle : un monde où le secret voire l’intimité n’ont plus de place. Même les cellules mobiles où ils s’isolent parfois sont contaminées : elles sont leur décor de vlogueurs.

Émilie Anna Maillet ne juge pas, elle montre : une société du discours (pas de l’image) avec beaucoup de mots (quantitativement, pas qualitativement, de même pour les images instrumentalisées) et comment l’individu, ballotté entre ses obligations et l’ambition fragile de ses rêves, ses désirs, ses projets, produit avec la technologie un environnement hostile peuplé d’altérités carnivores.
Les smartphones et les rézos sont les moyens addictifs pour imprimer le discours dominant (idéologique) dans l’espace intime des jeunes générations (mais pas que). D’autant plus habilement et profondément que le prescripteur semble être l’utilisateur (pas la plateforme : à son échelle chacun est un influenceur).
C’est en cela que le spectacle interpelle : la nuisance vient du monde tel que le fabriquent les adultes et ce sont les « valeurs » qu’il véhicule (partage !) qui sont toxiques tout comme les adultes qui programment et vendent ces outils à cet usage (ce carnage) et au-dessus d’eux ceux qui les commanditent ainsi !

Vous ne le réalisez peut-être pas, mais vous êtes programmés.
Chamath Palihapitiya, ancien vice-président de Facebook

Et rappelez-vous la consigne donnée cinq minutes après le début du spectacle : éteignez vos portables !
Retour à l’humain (au moins pendant 90 minutes).

avec Farid Benchoubane, Pierrick Grillet, Jeanne Guittet, Cécile Leclerc, Roméo Mariani
conception, écriture, mise en scène, costumes Émilie Anna Maillet
scénographie Benjamin Gabrié
lumière Laurent Beucher
création sonore Thibaut Haas « Bleu Couard »

Crari or not

* crari = faire genre

En complément de la pièce, la compagnie propose un environnement immersif avec des pastilles (certaines consultables aussi chez soi) : une websérie, les comptes fictionnels des 10 personnages de la pièce, un QCM littéraire et – mais uniquement dans le hall du théâtre – une performance immersive en VR (casque 3D, etc. et possibilité de « se mettre dans la peau » de 6 personnages, 7 minutes chacun).
Vu de l’extérieur, les volontaires ressemblent un peu à des zombies avec leur regard figé dessiné sur le casque, saisis de temps à autre de spasmes ou d’un pas de danse, à l’occasion guidés par un opérateur (ne pas toucher, ni se cogner).
Dans l’environnement lui-même, les personnages de la soirée festive chez Alma sont légèrement plus grands que nature et on se sent un petit vermisseau. C’est très énergique (musique, danse, défoulement…), les échanges sont tendus, les jeunes sont mal dans leur peau d’autant plus qu’ils guettent en permanence le jugement de leurs camarades !

L’accès à certaines ressources peut se faire via le site de la compagnie Ex Voto à la lune ou les QRC ci-dessous.

QRC – Crari or not

Günther Uecker / Wald aus einem Baum (détail, 2002–2003) au 1er plan & photographié par Franziska Messner-Rast ; au centre, au fond : Andy Warhol / Friedrich II (détail, 1986)

ZOOM. Visages et œuvres de la Collection Würth

#EXPOSITION
Erstein, Musée Würth du 25 janvier 2026 au 10 janvier 2027
du mardi au samedi de 10h à 17h, jusqu’à 18h le dimanche • entrée gratuite
(visite guidée en français le dimanche à 14h30)

la suite très vite 😉


Alain Clément, l’art comme respiration (décembre 2022)

Alain Clément, Paintings and monotypes

#EXPOSITION
Paris, Galerie Catherine Putman du 31 janvier au 28 mars 2026
14–19h du mardi au samedi & sur rdv • entrée libre

Je commence toujours par un geste qui engage tout le corps dans un mouvement continu. (…) Ce geste simple et direct ne suffit jamais. C’est une intention première à partir de laquelle je développe lentement des formes, en modifiant les contours pour créer une relation expressive (…), une sorte de danse où la forme et le contenu sont liés pour révéler la totalité du vide et du plein.
Alain Clément

En 2025, Alain Clément a créé une nouvelle série de monotypes sur plaque de zinc. Avec la liberté, l’inventivité, la générosité de ses gestes, il applique, essuie des courbes, des spirales sur le métal avant de poser des formes découpées et encrées au préalable, une technique expérimentée à Colmar (cf. vidéo ci-dessus et son interview de 2022). Vibration enlevée du trait de pinceau, trouble frémissant suscité par le passage du chiffon et aplats nets en pétulante résonance d’une pièce à l’autre – les mêmes gabarits sont réutilisés, repositionnés – ouvrent une trajectoire chorégraphique vers de récentes peintures à l’huile sur toile.
Quelques toiles plus anciennes complètent l’accrochage.

Michel Cornu, Dessins & gravures

#EXPOSITION
Strasbourg, Galerie Radial Art Contemporain du 24.01 au 21.02.2026

Pour son nouvel accrochage l’artiste colmarien Michel Cornu propose quelques gravures : des grands formats imprimés à La Métairie Bruyère près d’Auxerre en mai 2025. Si lors de cette résidence, il a sélectionné des papiers japon légers (18 g/m2) et texturés – les fibres étant visibles en transparence –, il a aussi privilégié la couleur – des rouges, des bleus, des verts –, tout en préservant une forme de monochromie. Un ami l’a accompagné et filmé au travail avec son smartphone.

l’aérienne légèreté du papier japon (juillet 2025)

Mais l’essentiel de sa proposition, ce sont ses derniers dessins – des petits formats – où il explore la polychromie tout en préservant le foisonnement expressif de ses vibrantes abstractions.
Une évolution dans son travail qui creusait plus volontiers la lumineuse densité des noirs et que la galerie Murmure avait exposé en automne 2023.


Inès Prevet, Jessica Hopkins, Louisa Stirland, Brigitta Listra (debout), Anaëlle Reitan © Klara Beck

Féminin pluriel

#MUSIQUE
concert du mardi 20 janvier au foyer du Théâtre municipal (Colmar)

Jusqu’à récemment beaucoup d’interdits – en peinture, comme en musique – frappaient les femmes : interdiction d’éditer, d’accéder aux académies, donc à la commande, etc., ce qui leur fermait tout avenir professionnel. Les plus âgées, Clara Schumann, Fanny Mendelssohn, Pauline Viardot sont en famille avec des compositeurs célèbres (des interprètes pour la dernière : La Malibran, Manuel Garcia), une proximité et une notoriété qui ont facilité (un peu) leur audience et le passage à la postérité. Les choses bougent tardivement : Lili Boulanger est la première femme lauréate du Prix de Rome en 1913.
Et pourtant… n’est-ce pas jouer le jeu du patriarcat en caricaturant la « cocotte » (Isabelle Aboulker en 2003 : Je t’aime) ? Plutôt bien d’ailleurs (Louisa Stirland) et c’est un des enjeux de la formation : trouver et roder le juste équilibre entre qualité musicale et incarnation…

Le concert se partage entre la Mélodie française et le Lied sur un siècle et demi. Il serait tentant de mentionner les parfums, les sonorités évoquant les compositions de leurs illustres collègues masculins… Il est plus judicieux de saluer le potentiel et les belles prestations de ces jeunes cantatrices.
Toutes emplissent spectaculairement le foyer quand elles donnent de la voix et chacune affiche dans sa notice biographique un ou plusieurs rôles dans les productions de la saison 2025–26 de l’OnR.

La contralto Brigitta Listra a un timbre charnu, ample et soyeux, des qualités qu’elle sait préserver vers les aigus et distiller dans de jolis pianissimi. Son attention à la beauté du son se fait un peu au détriment de l’incarnation et l’énonciation du français est moins limpide que l’allemand.
Son duo avec Louisa Stirland est un pur moment d’hédonisme avec des voix aux résonances superbement assorties (Mel Bonis : Le Ruisseau). La soprano, aussi à l’aise dans l’humour, on l’a dit, que dans l’élégiaque, allie la grâce vocale et scénique : elle semble sortir d’une illustration d’Aubrey Beardsley.
Sa compatriote Jessica Hopkins relève d’un registre plus aérien et pyrotechnique, avec un timbre plus métallique. Pleine d’allant, elle sait se montrer fine et délicate (Rita Strohl : La Chevelure).
Tout aussi vive scéniquement, la mezzo-soprano Inès Prevet s’engage généreusement dans ses interventions, sachant leur donner au besoin une dimension rêveuse : Le retour (Lili Boulanger) est remarquable de nuances.
Enfin il serait injuste d’oublier la pianiste Anaëlle Reitan dans une valse promenade très enlevée (Florence Price) et bien sûr la qualité de son accompagnement tout au long du concert.

En bis, Sandrine Abello, directrice musicale, a mis en scène Stripsody de Cathy Berberian, courte pièce a cappella à base d’onomatopées, et elle s’y joint volontiers assumant l’aspect festif de ces concerts – un peu de douceur dans un monde de brutes – invitant le public à participer à l’atelier chant du mardi 27.01 à 13h au même endroit !